Adeline: l'histoire échappée





J'ai eu mon premier entretien avec Adeline le 4 avril dernier.

Par les larges fenêtres de sa chambre,  je voyais la neige tombée en flocons serrés, semblables à des boules de ouate. La vieille dame était couchée sur son lit où elle est clouée 22 heures par jour.


Il y a environ deux ans, une infection urinaire l'a conduite à l'hôpital de Saint-Jérôme où elle a développé une plaie de lit, une escarre ; puis la bactérie CDifficile s'est introduite par effraction, l'affaiblissent  davantage.

De temps à autre, en répondant à mes questions, elle essuyait une larme qui  glissait sur sa joue. Elle ne pleurait pas.

La lumière réverbérée par la neige qui inondait la pièce lui faisait mal aux yeux. Il n'était pas question de tirer les rideaux, de vivre dans la pénombre, surtout après avoir passé les 19 dernières années sous le  soleil de Tahïti.


Adeline a vu le jour en1934, au Maroc, d'un père  français et d'une mère espagnole. Le pays est magnifique avec des côtes  donnant sur l'atlantique et la méditerranée.  Elle a connu la guerre d'Algérie, la faim et la peur.

Adeline  est arrivée au Québec, en hiver, il y a près de trois ans et vient de repartir pour Marseille où elle finira ses jours avec sa famille.


Adeline, une histoire qui ne sera jamais racontée, qui m'a échappée, comme celles de millions d'autres êtres humains ...





Article ajouté le 2008-06-11 , consulté 143 fois

Commentaires


Moué le 18/06/2008 à 04:07:11
Même si elle ne sera jamais racontée, l'amorce de cette histoire est touchante; il est vrai qu'il y a des millions et des millions d'histoires silencieuses qui seraient bouleversantes à entendre; même celles et ceux qui ne sont pas encore de ce Monde promettent des histoires à tirer les larmes, de tristesse, et de rires parfois. J'ose pas imaginer celles que raconteront dans 40 ans les enfants d'Afghanistan.
Il y a aussi celles moins percutantes, mais toutes aussi douloureuses de nos mères, de nos voisines violées, de ces êtres pour qui la tristesse a été inventée et qui leur sert de miroir quotidien.
Il y a aussi la solitude des poèmes, celle des blogues sans blagues, des sites de shit; la rage de celles et ceux qui hurlent au secours, les deux pieds rivés dans le vide qui borde le néant.
Il y a aussi les merveilleux contes des mille et une nuits.

Merci Denis, pour toutes les fois où je viens m'abreuver à tes histoires sans mot dire. DG

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Culture "

Retour aux articles